dimanche 18 septembre 2016

Kirghizstan, des glaciers au fesh-fesh

Si le texte ne s'affiche pas dans l'email, allez voir l'article sur le blog: http://lesaventuresdecyriletarmony.blogspot.com/

Karakol, c'est un peu le Chamonix du Kirghizstan, la Mecque de l'alpinisme soviétique!
On y trouve plein d'agences de trekking/alpinisme et des montagnes de plus de 5000m où les faces nord ont été striées de voies aussi difficiles techniquement que faciles d'accès. Enfin, quand je dis facile d'accès, c'est très relatif : il faut quand même compter quelques heures d'Ural (gros camion militaire 6x6 de l'ère soviétique, voir article précédent) qui font ici office de téléphérique, puis une bonne journée de marche pour poser son bivouac sur les glaciers au pied des faces. Évidemment, ici, pas de refuges, pas de secours, les cartes les plus précises sont au 1/100'000e, les sentiers ne sont entretenus que par les vaches (qui ne vont pas toutes dans la bonne direction, bien entendu) et en l’absence de ponts aménagés, chaque torrent à franchir devient un challenge en lui seul !

Tout juste arrivés, nous nous sommes rapidement informés des conditions auprès des guides locaux afin d'imaginer un plan d'attaque du massif que l'on peut pénétrer par 4 vallées quasi parallèles.
La première, à l'est, est accessible par une piste réputée être « la plus difficile du monde » (dixit Lonely Planet)… Tant mieux ! Accompagnés de notre équipage belge à bord de leur Defender (que nous avions rencontré au passage de la frontière, cf article précédent) prêts à en découdre après nos récits d'aventures Mongoles, nous remontons la-dite piste qui ne s’avère évidemment pas si infranchissable que ça mais qui nous permet d'atteindre les sources chaudes d'Altyn Arachan à 2450 m où repas et baignade ont été délicieux.



Le lendemain matin, nous avons laissé nos compagnons redescendre seuls pour nous tourner vers notre premier objectif alpin : une randonnée de deux jours en autonomie nous menant à un sommet rocheux de 4200 m surplombant le lac d'Ala-Kol . Belle ballade qui nous aura permis de valider nos choix de matos techniques et de bivouac ainsi que nos capacités physiques une fois chargés comme des mulets !



Après deux journées de repos et de prises d'infos, je me dis que l'ascension d'un 5000 m va être compliquée : les topos ne décrivent que des voies difficiles avec des camps d'altitudes qui demandent une logistique trop compliquée et engagée, la saison est déjà passée, les montagnes sont déjà désertes, trop de vent, trop de neige, etc... En plus, la piste qui permet d’accéder aux camps de base a été récemment emportée par un glissement de terrain, ce qui rajoute encore une journée de marche à l'aller comme au retour…



Déçus mais pas abattus, nous repoussons nos rêves de 5000 m à plus tard et imaginons une boucle de 4 jours mixte rando/alpinisme en autonomie totale. Après une bonne soirée crêpes pour prendre des forces, nous attaquons notre périple qui nous mènera aux pieds des 3 plus imposantes faces nord du massif en passant par des cols à 4000 m, des bivouacs entre 3400 m et 4200 m (idéaux pour l'acclimatation) et un sommet technique de 4500 m :-)



4 jours plus tard, repus et un petit peu éreintés après nos presque 90 km et 5000 m de dénivelés parcourus, super chargés, dans des terrains pas toujours faciles et quelque-fois totalement nouveaux pour Armony (qui se régale, soit-dit en passant), nous décidons de reprendre l'Iveco (à lui de trimer un peu), direction le lac Song-Kol à 200 km à l'ouest, haut lieu touristique du pays.

Mais d'abord, petit détour par le col menant à Karal-Say (au sud). La piste est neuve, les paysages glaciaires impressionnants mais c'est surtout un baptême d'altitude pour l'Iveco qui atteint pour la première fois les 4000 m ! Sans fumées anormales et sans perte de puissance significative, nous sommes rassurés pour la suite (Tadjikistan, Pamir Highway).


Nous choisissons donc de rejoindre le lac par une longue piste d'altitude… Bon choix, si l'on peut dire, puisque nous avons parcourus près de 180 km de magnifiques paysages à plus de 3000 m mais aux pistes surtout composées de trous et bosses. A 15 km/h, ça laisse le temps de contempler !!


Arrivés au lac, surprise: pas un chat ou presque. Nous qui nous attendions à des hordes de touristes… C'est vrai que nous sommes déjà en Septembre, les estivants ont déjà repris le boulot, hi, hi ! Bref, ambiance mongole : plein de camps de yourtes à touristes et personne pour nous proposer quoi que se soit! Armony fait donc le tour des campements pour trouver deux chevaux pas trop chers et dès le lendemain, nous nous lançons à l'assaut des steppes, seuls avec nos deux canassons. Quand je dis seuls, c'est sans guide/moniteur/instructeur/oujenesaisquoi car ici, sans rien y connaître (ce qui est définitivement notre cas), on peut louer des chevaux et partir seuls à l'aventure!! Et c'est top ! Nos montures sont dociles, on a cru comprendre que pour ne pas rentrer à pied, le mieux est de ne jamais les lâcher (sinon les attacher) et qu'en cas de doute sur l'itinéraire de retour, il suffit de les laisser aller, ils sont aussi pressés de rentrer au bercail qu'un guide de la compagnie de Cham après un Mont-Blanc! C'est marrant comme ça galope mieux au retour ;-)
En tous cas, on s'est bien marré, les paysages étaient idylliques et les galops grisants, J'ai quand même du retenir Armony dans ses pulsions d'alpinisme (!) qui voulait s'élancer avec son cheval sur des traces de bouquetins. Par contre, deux jours plus tard, nos adducteurs (courbaturés) nous rappellent toujours cette journée mémorable :-)

Avant-hier (Vendredi), nous reprenons la route direction Osh. Il faut d'abord descendre du lac qui s'étend à 3200 m d'altitude quand même. Nous partons par le col sud qui s'annonce vertigineux avec ses 33 lacets. Et c'est le cas ! Sauf qu'après 2 virages nous trouvons un camion arrêté mais surtout une voiture qui vient visiblement de dégringoler la pente entre les lacets… Un carnage ! Sur les 9 occupants (4 hommes et 5 moutons), 2 hommes sont morts sur le coup (c'est du moins ce qu'il m'a semblé après avoir tenté de détecter leurs signes vitaux), les 2 autres sérieusement blessés, 3 moutons éclatés, 1 qu'il a fallu achever et 1 indemne (son jour de chance ? Il partait sans doute à l'abattoir). Les secours ont été déclenchés mais le premier hôpital se trouvant à 100 km de pistes de là et sans hélico, il fallait attendre un moment. Une heure plus tard, nous avions fait notre possible pour aider et profitant de la venue de renforts locaux, nous avons pu nous échapper avant l'arrivée des secours officiels et des grattes-papiers qui vont avec…

Après tout ça, on a bien bouclé nos ceintures pour se lancer dans la longue descente de 2000 m qui nous amène à la vallée de Naryn. Changement de décor radical, nous venons de quitter des steppes mongoles et nous nous retrouvons à rouler dans du fesh-fesh (pire que de la poussière de plâtre, ça s'infiltre partout) au milieu de formations sablonno/cendreuses qui pourraient rappeler des paysages d'Iran.

240 km et deux cols plus loin : on arrive à Jalal - Abad, c'est toujours le même pays mais tout à changé: il fait chaud (+ de 30°C), on retrouve des arbres, les visages sont plus méditerranéens, les commerces empiètent sur la chaussée, les cafés ont des terrasses ombragées, les marchés sont des souks où l'on trouve de tout de la boucherie aux fraises des bois en passant par les pâtisseries Turques. Quelle vie! Quelle diversité ! Que la Mongolie est loin…




Ce soir, à Osh, nous profitons d'une guest-house/camping pour nous relaxer et faire le plein d'infos.En effet, l'endroit, au carrefour de toutes les destinations d'Asie, est le lieu de rencontre des travellers du monde entier. C'est la route de la soie version 2016 que nous vivons ici.
Et à bientôt pour le sud du Kirghizstan !